le
premier "système" cohérent
d'artillerie moderne.
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Charles,
Timothée, Maximilien, Valérand Ragon
de Bange est né le 17 octobre 1833
à Balignicourt dans l'Aube.
Admis
à l'Ecole Polytechnique en 1853, il en sort
sous-lieutenant en 1855, choisit de servir dans l'artillerie
et rejoint l'Ecole de Metz.
Lieutenant au 8eme régiment d'artillerie montée,
il participe à la campagne d'Italie et se distingue
à Palestro et Solferino.
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De retour
en France, technicien remarquable, il est de 1860 à
1862, responsable de l'armement des côtes à
l'Arsenal de Brest.
Promu
capitaine le 24 décembre 1862 il est délégué
aux Forges du Centre à Nevers, puis en août
1864 à la Manufacture d'armes de Châtellerault.
En 1866,
il est affecté à l'école atelier de
la Pyrotechnie de Metz.
Après
avoir effectué son temps de commandement au 9eme
régiment d'artillerie de 1867 à 1868, il est
nommé adjoint au directeur de l'Atelier de précision
du dépôt central de l'artillerie à
Paris et y demeure pendant toute la guerre.
Chef
d'escadron en février 1874, lieutenant-colonel en
janvier 1878, colonel en novembre 1880, il sollicite sa
mise à la retraite le 11 mars 1882, pour prendre
la direction des usines Cail, lesquelles à
Grenelle, Denain et Douai avaient créé l'outillage
nécessaire à la fabrication des matériels
dont il est l'inventeur. A la tête de ces ateliers
jusqu'en 1889, il perfectionne sans cesse ses créations,
met au point de nouvelles pièces, s'intéresse
au matériel ferroviaire, perfectionne des locomotives.
A la
fin de sa vie professionnelle, il se retire au Chesnay,
prés de Versailles où il meurt le 9 juillet
1914.
Son
œuvre majeure, qui le rendra illustre, est la création
entre 1877 et 1882, dans le cadre de la réforme de
l'artillerie décidée par le ministère
de la guerre après la défaite de 1870, du
premier système cohérent d'artillerie moderne.
Il s'agit d'un système faisant exclusivement appel
à des bouches à feux en acier, rayées,
se chargeant par la culasse et armant organiquement tous
les niveaux de l'artillerie.
Complet,
robuste, d'une mobilité extrême, il couvre
l'ensemble des besoins en feux indirects de l'époque,
canons de campagne, de montagne, de siège, de place,
de côte avec un large panel de calibres : 80, 90,
95, 120, 155, 220, 240 et 270 mm.
Ces
matériels font leur preuve opérationnelle
en Tunisie, au Tonkin, au Dahomey, à Madagascar et
replacent l'artillerie française au premier rang
de l'artillerie européenne. Ils assurent à
la France une réelle supériorité des
feux. Pendant la Grande Guerre, la France dépourvue
d'artillerie lourde ressort de ses parcs cinq mille de Bange
et certains demeurent en service jusqu'en 1945.
Commandeur
de la légion d'honneur en 1889, chevalier de l'Ordre
britannique du Bain, décoré de la médaille
d'Italie, soldat dévoué, ingénieur
exceptionnellement doué, le colonel de BANGE
fait partie de la famille prestigieuse des Vallière,
Gribeauval, Valée, Treuille de Beaulieu, Lahitolle,
Reffye…
———————————
Le
"système" de BANGE.
Etudier
l'artillerie au cours du dernier siècle de son histoire,
c'est assister à la lutte entre les progrès
souvent exponentiels de la technique et la volonté
humaine de ne pas se laisser dépasser.
Si par
ailleurs nous évoquions de manière généraliste
l'Artillerie
à la fin du XIXeme siècle,
véritable charnière technologique, rappelant
l'existence de nos premiers canons de montagne que furent
l'obusier de "12" du système Valée,
de "4" du système 1858, pour clore rapidement
l'article sur l'artillerie en acier et le chargement
par la culasse.
Attardons-nous
maintenant sur le système en-tête, mit
en service entre 1877 et 1885, qui hormis les évolutions
techniques et technologiques majeures, inhérentes
et successives que seront le "lien élastique"
limitant le recul et réduisant le temps de retour
en batterie, l'affût déformable et les
flèches ouvrantes autorisant le réglage
en direction depuis la pièce, le frein
de bouche réduisant la pression des gaz
de sortie…etc., cent vingt années après,
alors que nous parlons de plus en plus d'armes nouvelles,
chose qui mérite d'être relevée,
régit intrinsèquement nos pièces
actuelles - tubes en acier, âmes rayées,
chargements par la culasse - et nous autorise à
penser que cette artillerie conventionnelle aura encore
un rôle important à jouer et à considérer
que ces nouvelles armes, ne
sont en fait, qu'une nouvelle artillerie ? |
Les
"Systèmes" précurseurs.
De tout
temps on a cherché le moyen de frapper l'adversaire
sans s'exposer à ses coups, le procédé
du tir courbe est né de cette volonté d'appuyer
au plus loin les troupes amies par des feux puissants dans
une relative sécurité.
Ainsi,
cinq ou six siècles avant notre ère naquit
la première artillerie névrobalistique,
puis avec l'apparition des mises à feu, l'artillerie
est devenue une véritable science, domaine privilégié
de recherche des meilleurs ingénieurs aussi prisée
que l'alchimie.
Plus
proche de nous, au XIVeme siècle, l'introduction
en Europe de la poudre noire conduit à l'invention
des premières armes à feu : bombardes,
serpentines, couleuvrines. En 1550 est créé
le service de l'artillerie. Ses efforts portent d'abord
sur l'unification des calibres, un édit de Henri
II, renouvelé en 1572 par le grand maître Jean
d'Estrées, limite à six le nombre de calibres
autorisés, d'où la création du système
dit "des six calibres de France",
de 20 à 168 mm, tirant des boulets sphériques
en fonte.
Vers
1732, les guerres nombreuses et l'utilisation des matériels
pris à l'ennemi entraînent un relâchement
dans les fabrications. De nouveau les calibres et les types
de matériels se multiplient. Le grand maître
de l'artillerie décide alors de remettre un peu d'ordre
dans cette diversité des matériels. Cet effort
d'homogénéité conduit à la création
du système Vallière : un obusier
de 8 pouces, des calibres de 4 à 24 livres, des mortiers
de 8 et 12 pouces et un pierrier de 15 pouces.
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1745
- Régiment du Royal - Artillerie, canon de
16 du système Vallière.
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En 1764,
Gribeauval innove ; il veut réaliser un véritable
système d'artillerie, c'est à dire un ensemble
de matériels dérivant d'une conception
générale unique. En conséquence
il spécialise les matériels et ceux-ci doivent
être adaptés à l'emploi auquel ils sont
destinés : matériel de campagne, de siège,
de place et de côte. Chose importante pour la
future artillerie de montagne il réalise un matériel
nouveau, plus court que le canon, conçu pour le tir
courbe : l'obusier. Il dote ainsi l'artillerie
française de matériels qui au cours des guerres
de la Révolution et de l'Empire, s'affirment les
meilleurs d'Europe. Ce système sera cependant
le dernier qui fasse à l'empirisme une part prépondérante.
Désormais, pour la balistique intérieure,
extérieure, la résistance des bouches à
feux, la solidité des affûts, les études
théoriques remplaceront l'empirisme. Les progrès
techniques et le développement de l'industrie seront
tellement rapides que l'on aura rarement le temps de réaliser
des systèmes complets, l'apparition des matériels
rayés par exemple sera une véritable
révolution pour l'artillerie.
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1786
- Corps Royal de l'Artillerie, canon de 12 du système
Gribeauval en position de route.
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A gauche, 1775 - Corps royal de l'artillerie de place
- canon de 16 Gribeauval,
à droite - 1786 - Canonniers gardes cotes devant
un canon de 24 du système Gribeauval.
A remarquer, pour le réglage alors de la hausse,
les affûts dits "à échantignolles",
et couvrant les lumières de mise à feu,
les "chapiteaux" de couverture.
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Les guerres de l'Empire et les pertes en matériels
qu'elles entraînent, imposent la refonte du système
Gribeauval.
Suivent
le système de "l'an XI",
le système de "Valé ou système
1827", puis le système de"1858"
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1855
- Siège de Sébastopol - la batterie
n° 33.
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1870 - La défaite - Le réveil.
Sans
doute abusés par les faciles victoires remportées
en Afrique, nos artilleurs entrent en guerre avec des matériels
et des méthodes à peine plus performantes
que celles du Premier Empire. Dés les premiers combats,
au début de la bataille, notre artillerie se trouve
le plus souvent réduite au silence par l'artillerie
adverse. Les accusations pleuvent : les canons prussiens
tirent beaucoup plus rapidement…, nos obus sont inefficaces…,
nous avons négligé les fusées percutantes…,
leurs batteries sont plus mobiles…, leurs tirs plus
précis...
Dans
ce concert de critiques le discours du général
Susane qui dénonce les faiblesses humaines et
l'incapacité des chefs ne reçoit aucun écho
favorable ! C'est le matériel qui est mis en cause
et les servants d'artillerie "donnent des coups
de pieds dans leurs canons en bronze".
Heureusement
des enseignements pertinents sont tirés de cette
défaite et des objectifs précis sont donnés
aux responsables de l'artillerie. Le 28 juin de cette même
année, le ministre de la Guerre, le général
Flo, écrit au président du comité
d'artillerie : "Général,
il me paraît indispensable, après la dernière
guerre et les derniers événements de Paris,
où l'artillerie a joué un rôle considérable
et dans des conditions si diverses, de chercher à
mettre en évidence les qualités et les défauts
du matériel employé, de pouvoir exécuter
dans le plus bref délai possible, les améliorations
que la pratique aura fait juger nécessaires…
L'œuvre qui incombe au comité exigera un travail
considérable… Les questions du programme devront
être traitées dans l'ordre suivant : première
urgence l'artillerie…".
On ne peut être plus clair !
Les
études pour la reconstitution du matériel
d'artillerie sont entreprises à la suite d'une circulaire
ministérielle du 5 août 1871, qui invite les
officiers de l'arme à étudier un canon léger.
Tube en acier, chambre rayée, chargement par la culasse,
affûts en fer…, c'est sur ces principes
qu'en 1872, Périer de Lahitolle, inspecteur
des études polytechniques, présente un premier
canon de campagne de son invention, puis au mois d'août
1874 un second de calibre 95 mm. Il est adopté sans
hésitation sous le nom de canon de position
ou de grande réserve et dès octobre
le ministère commande le nombre de pièces
nécessaires à l'armement de deux batteries
divisionnaires.
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Manœuvre de descente d'un canon de 95 Lahitolle
d'un affût de siège et de place.
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Réputé pour sa précision, maintenu
en service en raison des stocks de munitions encore
disponibles,
témoin si besoin de sa longévité
d'utilisation,
après l'Armistice de 1940, des "95 Lahitolle"
sur wagon.
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Dans l'attente d'expérimentation de nouveaux matériels,
on décide provisoirement, la mise en service des
canons de 5 et de 7 de Reffye, dit "matériels
de transition, système de Reffye 1873".
Dans
le même temps, notamment dans les ateliers Schneider
du Creusot, on recherche un nouvel alliage pour les tubes,
et de son coté, le colonel de Bange ne reste
pas inactif. En janvier 1875 ont lieu les essais de ses
canons de calibres 80 et 90 mm. Les tirs se révèlent
excellents, bien supérieurs à tout ce que
l'on connaît à l'époque.
Le ministre
manifeste cependant son impatience, il demande de cesser
les études et de passer à l'adoption d'un
matériel nouveau. Après une campagne de tirs
comparés, la conclusion des essais a lieu le 9 janvier
1877 : cinq commissions sur dix se prononcent pour le matériel
de Bange et les mérites de sa culasse à vis.
Le 23
janvier, le ministre approuve les conclusions du comité
et les canons de Bange sont adoptés. Les deux inventeurs
sont récompensés par une même lettre
de félicitations pour : "…les
travaux considérables et intelligents auxquels ils
se sont livrés, en vue de la réorganisation
du matériel…".
Pour
l'artillerie française les leçons de la défaite
ont été tirées, elle regagne le niveau
qu'elle n'aurait jamais dû quitter, le premier. La
production démarre. Ainsi vers 1880, est-elle forte
de 380 batteries montées, 57 batteries à cheval,
et pour répondre à la doctrine française
des rideaux fortifiés, 57 batteries à pied
affectées aux ouvrages, soit 494 batteries, au total
le parc est plus que doublé par rapport à
1860.
Après
1883, pour le service des équipages de place et de
siège quelque peu négligé jusqu'alors,
cette organisation est de nouveau remaniée, l'artillerie
de forteresse est créée : 16 bataillons
à 6 batteries à pied, soit 96 batteries supplémentaires.
Enfin
en 1888, en même temps que les troupes de montagne,
est créée l'artillerie de montagne
: douze batteries voient le jour, affectées pour
moitié à la 14ème brigade d'artillerie
de Grenoble - 2ème régiment d'artillerie
- et à la 15ème brigade d'artillerie de Nîmes
- 19ème régiment d'artillerie.
Les
pièces.
En quelques
années, la construction d'un véritable système
d'artillerie de campagne, de siège, de place, de
côte, de montagne est lancée. Les canons longs
sont très performants, très mobiles grâce
à leurs roues de grand diamètre, ils possèdent
un avant-train et tirent sur roues; les
canons courts et les mortiers doivent reposer pour le tir,
sur une plate-forme bien assise. L'ensemble constitue
le système recherché, bien conçu, réussi,
puissant. Les bouches à feux en particulier sont
remarquables de fini, de solidité, de précision.
Artillerie
de campagne.
Canon de 80 mm de campagne - Mle 1877.
Ainsi
nommé parce que le diamètre de l'âme
est de 80 mm, c'est une pièce d'un poids en batterie
de 950 kg, tirant à une portée maximale de
7 100 m, trois types de projectiles de l'ordre de 6 kg,
l'obus ordinaire, l'obus à balles, la boite à
mitraille. Si toutes les parties principales de son
affût et de son dispositif de pointage sont identiques
à celui du 90, il en diffère par les dimensions
et quelques dispositions concernant les menues ferrures.
Canon de 90 mm de campagne - Mle 1877.
Adopté
définitivement comme canon de campagne en raison
de son poids peu élevé - 1 210 kg - et de
la qualité de sa bouche à feu, il tire à
la portée maximale de 6 900 m, quatre types de projectiles
d'un poids moyen de 8 kg, l'obus ordinaire, l'obus à
balles, l'obus à mitraille, la boite à mitraille.
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Le
chef de pièce lève la main, indiquant
que la pièce est prête à "faire
feu".
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Au départ du coup la pièce recule de plusieurs
mètres et doit être ramenée à
bras à sa position initiale. Pour limiter ce recul
on adopte en 1888, après 10 ans d'essais, un "frein
à corde", basé sur le principe du
cabestan, proposé par le capitaine Lemoine du 13eme
R.A, amélioration qui valut à son inventeur,
alors en retraite, des droits se montant à 150 000,00
francs or.
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Détail
du "frein à corde" du capitaine Lemoine.
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En position de route, sa crosse est assujettie à
un avant-train spécial, hippomobile, l'ensemble ainsi
constitué se nommant "voiture pièce".
Artillerie de montagne.
Canon de 80 mm."de montagne" - Mle 1878.
L'artillerie
de montagne est comme son nom l'indique, destinée
à la guerre en pays de montagne. Elle doit, par conséquent,
pouvoir passer par des chemins escarpés, difficiles
et étroits, c'est à dire être légère
et peu embarrassante. A ces qualités, sans lesquelles
elle ne saurait exister, on est donc obligé de sacrifier
en partie celles comme désirables pour l'artillerie
de campagne. Un matériel d'un emploi aussi exceptionnel
ne doit être compliqué, aussi ne comprend-il
qu'une seule pièce de bouche à feu. Le facile
transport de cette pièce et de son affût la
rend précieuse. Enfin les petites colonnes expéditionnaires,
opérant dans les régions presque désertes
et peu fertiles de certaines parties de l'Afrique ou sur
les terrains sauvages et dépourvus de bonnes routes
des colonies lointaines, doivent trouver dans l'artillerie
de montagne un auxiliaire qui doit les suivre partout, ce
que ne peut pas faire l'artillerie attelée de campagne,
même la plus légère…. C'est
ce par ces termes, qu'en 1886, le commandement résume
cette artillerie particulière.
Adopté
le 25 juillet 1878 comme canon de montagne de petit calibre,
décomposable et transportable en trois fardeaux -
bouche à feu, roues, reste de l'affût -
sur bâts ou tracté à la limonière,
il est dévolu aux opérations en montagne et
opérations dans les régions dépourvues
de route.
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Embrun
- 7ème Groupe Alpin - 30 ème B.C.A.
et 19 ème batterie du 2 ème R.A.
80 de montagne "à la limonière".
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1896
- Pas de la Cavale,
passage à dos d'hommes du matériel de
batterie du "80 de montagne".
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Conçu autour d'un tube rayé, moins long que
celui du canon de campagne et d'une culasse allégée,
il en diffère également au niveau de l'affût
par l'ajout en 1880 d'une rallonge
de flèche évitant son renversement pendant
"le tir au-dessous de l'horizon", par son mécanisme
de pointage, son système de freins destinés
à modérer le recul, la présence de
leviers-portereau et d'un brancard double appelé
limonière - celle de l'affût de montagne du
canon de 4 rayé, à laquelle on ajoute des
crochets de brêlage.
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Planche
du dessin d'époque, l'on y distingue la limonière,
les "enrayures à ressort", le "levier-porterau"
et l'écouvillon levier.
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D'un
poids de 310 kg avec sa rallonge de crosse, il tire à
4 100 m, à la cadence de 4 à 6 coups en 3
minutes, mais avec des vitesses initiales réduites,
les mêmes projectiles que son homologue de campagne,
l'obus à mitraille Mle 1885, l'obus allongé
en acier Mle 1890, l'obus ordinaire en fonte Mle1877 et
les obus à balles Mle 1895. Compte tenu de ses
faibles vitesses initiales de 250 à 380 m/s ils sont
armés d'une fusée percutante d'un autre système.
En 1886, son prix approximatif est de 1 700 francs.
Une
capacité peu connue de cette pièce est celle
de "Lanceur de mines". Privée
de ses roues, de sa rallonge de flèche, placée
sur des madriers inclinés à 40°, elle
est utilisée pour lancer des bombes cylindriques
- mines, pourvues d'une queue de 80 mm. Ces bombes,
animées d'un mouvement de rotation imprimé
par les rayures de l'âme, ne comportent pas d'ailettes,
renferment selon le modèle de 18 à 35 kg -
la munition pèse alors 100 kg - d'explosif.
Dans ces conditions la portée utile est de l'ordre
de 300 m, distance très courte, qui sous le feu direct
de l'infanterie et les éclats de ses propres munitions,
met en danger les servants, et les empêchent de se
replier - plus de roues d'affût - utilisée
en cas extrême.
Artillerie
de siège.
"Combattre
et réduire au silence la puissante artillerie de
la place assiégée, qui comprend généralement
des pièces du plus fort calibre ; rendre inhabitables
les terres-pleins de la fortification ; disloquer les abris
qui y sont établis ; ruiner toute la défense
de la place ; ouvrir, de loin si cela est possible, les
remparts à l'armée assiégeante, en
détruisant les escarpes de la fortification et en
renversant les parapets dans le fossé, de manière
à former des rampes praticables aux colonnes d'assaut…….
Pour le remplir convenablement, il faut des pièces
puissantes, possédant aux grandes distances une précision
suffisante, non seulement pour le tir de plein fouet, mais
encore dans le tir plongeant…. C'est pourquoi l'artillerie
de siège doit être essentiellement composée
de bouches à feu de gros calibres…".
Tel est d'une le rôle général de l'artillerie
de siège.
Ainsi,
le 11 mai 1874, le Ministère adopte les calibres
de 120, 155, 220, et les mortiers rayés de 220 et
270 mm. Un canon court de 155 mm est à l'étude
par lettre du 2 décembre 1878, le tracé d'un
canon de 240 ayant été adopté le 31
décembre 1875. D'autres décisions sont prises
: des canons de 240 mm sont mis en commande le 22 janvier
1876, le canon de 155 mm est adopté le 23 mars 1877,
le tracé définitif de celui de 270 mm est
approuvé le 24 mai 187, celui du 120 mm le 9 décembre
1878…
Canon de 120 mm L - long - Mle 1878.
Adopté
en décembre 1878, c'est un canon long, sur affût
de siège et de place analogue à celui du 155
mm. A l'origine il tire trois types de projectiles de même
nature que ceux de ses homologues et d'un poids de 18 à
20 kg, a portée maximale est de 8 200 m.
Ses
sabots d'enrayage étant insuffisants pour modérer
convenablement le recul, l'affût est muni d'un appareil
portant le nom de "frein hydraulique modèle
1883".
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120 L - Ce "cliché constructeur"
montre précisément le frein hydraulique
et son ancrage de plate-forme.
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D'un
poids en ordre de tir sur son affût de 2 800 kg, son
coût de l'époque est de 8 000 francs.
En position
de route, le tube est ramené en position arrière
sur la flèche de son affût, et la crosse assujettie
à son avant-train hippomobile à 6 chevaux.
Canon de 155 mm L - long - Mle 1877.
Adopté
en mars 1877, ce canon long de siège ou de place,
pour lequel il est retenu qu'un affût de siège,
est mis à l'étude un affût de place
sur grand châssis. Celui-ci bientôt abandonné,
l'affût de siège prend alors d'affût
de siège et de place.
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155 L - Ce "cliché constructeur"
montre la pièce et ses "sabots d'enrayage".
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Comme ses homologues il tire les trois même types
d'obus, d'un poids d'une quarantaine de kilogrammes, jusqu'à
9 000 m.
D'un
poids en ordre de tir de 5 700 kg, son coût de l'époque
est de 17 800 francs.
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En
position de "tir à barbette",
sur plate-forme et derrière un mur de gabions,
ce 155 L en sa configuration d'origine.
Son recul est alors arrêtés par des sabots
d'enrayage en acier,
qu'au moment du tir l'on place en arrière des
roues.
Empêchant lors du recul la pièce de "partir
dans la nature", ils n'exonèrent pas les
servants
d'une remise en batterie, longue, pénible,
d'où la faible cadence de tir d'alors - HGBM
n° 82.
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En configuration
de route, le tube est ramené en milieu-arrière de la flèche,
et la crosse assujettie à son avant-train hippomobile à
10 chevaux.

Canon de 155 mm C - court - Mle 1881.
Adopté
en 1881, ce canon de siège et de place est sur
affût col de cygne à glissement .
Le recul
est absorbé par son frottement sur la plate-forme
et il est apte au tir vertical et au tir plongeant. Comme
son nom l'indique, le tube est plus court que celui du 155
long - 2,40 m contre 4,20m. Il tire les mêmes
projectiles mais sa portée maximale n'est que de
6 400m.
D'un
poids en ordre de tir sur son affût et sans ses roues
de 2 100 kg, son coût d'époque est de 7 300
francs.
Mortier rayé de 220 mm - Mle 1880.
Si l'ont dit ordinairement que le canon est long
lorsqu'il dépasse une longueur de 20 calibres - exemple,
20 x 80 mm = 1 600 mm ; court au-dessous, les
mortiers quant à eux, sont des canons spécialement
organisés pour le tir vertical d'angle supérieur
à 45°.
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Source
: A.A.M.A. - Draguignan.
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De millésime
1880, cette bouche à feu destinée au tir sous
grands angles a un tube beaucoup plus court que les canons
de 120 et de 155. Son affût est un affût
spécial dit à glissement sur plate-forme.

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Le mortier de 220 pèse 2 000 Kilos ; l'affût
pèse 2 400 kilos ; la chèvre peut soulever
10 000 kilos.
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La pièce repose sur une plate-forme, le projectile
pèse 98 kilos,
la charge de poudre est de 6 kilos.
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A l'origine il ne tire qu'un seul obus ordinaire de poids
98 kg, sous angle de 44°, à 5 200 m, la cadence de tir ne
dépassant guère celle d'un coup toutes les trois minutes.
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La guerre de siège à la fin du XIXème
siècle.
Batterie de 4 pièces sur ses emplacements de
tir à plate-formes en bois - HGBM.
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Son
poids en ordre de tir est de 4 150 kg, et pour le transport,
deux roues et une fausse flèche sont prévues,
l'ensemble est réuni à un avant-train à
contre-appui.
Mortier rayé de 270 mm de siège - Mle 1885
- M 270 S.
Sur
affût à châssis et plate-forme modèle 1891, il présente
dans son organisation d'ensemble de grandes analogies avec
le mortier de 220 mm. D'un poids en ordre de tir de 10 800
kg, sa mise en batterie est une manœuvre de force comportant
l'emploi de nombreux agrès, notamment la chèvre de place
et une équipe de 11 hommes et 2 gradés. Si la cadence
de tir ne dépasse pas un coup toutes les deux minutes, ce
qui est d'ailleurs parfaitement suffisant pour le calibre,
sa portée maximale est de 8000 m. En configuration de route,
avec ses avant-trains, il nécessite trois voitures.
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Cliché emblématique s'il en est, la
masse imposante du "270 de Bange" est en
évidence,
et si l'on appréhende ainsi mieux le calibre
grâce à la culasse ouverte,
également à la tête de notre homme
et son large béret - diamètre alors
réglementaire de 345 mm. HGBM .
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Artillerie
de place.
C'est
la même que celle de siège, moins le mortier
de 270 mm.
Artillerie
de côte.
Composée
essentiellement de canons aux calibres de 190 à 320
mm et d'un mortier de 270 mm, il convient de la citer au
titre des réalisations de Ragon de Bange.
Des
"batteries".
Le
mot "batterie", pris dans son acception
la plus générale, sert à désigner
la réunion, sous un même commandement, d'un
certain nombre de pièces, avec le matériel
et le personnel nécessaire à leur service.
C'est
pourquoi, la construction des batteries ainsi définies
est-elle soumise à certaines règles selon
qu'ils s'agissent de batteries mobiles, fixes :
les batteries de campagne, ouvrages de campagne,
élevés pour un usage particulier, par l'artillerie
d'une armée, sur les positions du champ de bataille,
les batteries de siège, ouvrages établis
par l'artillerie d'une armée de siège, pour
protéger son matériel et son personnel pendant
la lutte contre l'artillerie de place, et pendant la démolition,
par le tir, de la fortification attaquée,
les batteries de place, et de batteries
de cote, emplacement réservés, dans
les divers ouvrages de la fortification permanente, à
l'artillerie qui doit concourir à sa défense.

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Croquis
de la disposition générale d'un emplacement
de batterie surélevée,
à ciel ouvert, avec parapet, traverses abri,
pare-éclats, rampe d'accès.
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Si les trois grandes divisions ci-dessus servent à
classer les batteries suivant les circonstances générales
de leur établissement, elles se distinguent les unes
des autres :
selon l'espèce de bouches à feu dont elles
sont armées ; batteries de canons, batteries de
mortiers,
selon la disposition générale et leur mode
de construction :
- batteries
à barbettes, lorsque les pièces tirent
par le dessus de la masse couvrante,
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Pièce
de 155 L tirant "à barbette",
derrière et par dessus l'épaulement,
ici avec "fascines" sur le haut.
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- batteries
à embrasures, lorsque les pièces tirent
des embrasures, ouvertures pratiquées dans la masse
couvrante,
- batteries à ciel ouvert, lorsque
les pièces tirent à découvert,
- batteries blindées, c'est à
dire protégées contre les feux de l'artillerie
par un solide plafond recouvert d'une épaisse couche
de terre appelée blindages - batteries
casematées ; batteries cuirassées,
dans lesquelles la masse couvrante est faite ou recouverte
d'épaisses plaques d'acier, de coupoles métalliques.
selon la forme de l'assiette du tracé :
- batteries
à redans, quant la crête est brisée
suivant plusieurs lignes droites formant entre elles des
angles rentrants et saillants,
- batteries à ressauts, lorsque les
pièces sont installées à des niveaux
différents - c'est le
cas de celles du fort Saint Eynard, dont les "levées"
sont de 31,35 ; 32,35 et 33,35.
selon le genre de tir auquel elles sont destinées
:
- batteries
de plein fouet, lorsque les pièces tirent
à la plus forte charge qu'elles comportent,
- batteries de tir plongeant, lorsque pour
obtenir des trajectoires moins tendues, et fouiller derrière
les parapets de l'ennemi, les charges sont réduites
- batteries de tir vertical, quand les pièces
font usage du tir vertical pour tirer par dessus des masques
élevés, en montagne par exemple.
Suivant la direction générale du tir dans
le plan horizontal :
- batteries
directes, lorsque les lignes de tir des pièces
sont à peu prés perpendiculaires au front
du but,
- batteries d'enfilade, lorsque, au contraire,
les lignes de tir sont sensiblement parallèles à
ce front,
- batteries d'écharpe, celles dont
les lignes de tir ont une direction intermédiaire
entre les deux précédentes,
- batteries à revers, établies
de manière à frapper le but par derrière,
- batteries à démonter, celles
dont le tir est dirigé directement sur le matériel
de l'artillerie ennemie, les créneaux, les embrasures,
- batteries de démolition, chargées
de détruire les escarpes mal vues, les casemates,
les édifices, les postes, les réduits et flanquement
de l'ennemi,
- batteries de rupture, ayant pour mission
spéciale de percer et de détruire un cuirassement
métallique,
- batteries de brèche, destinées
à ouvrir avec une certaine régularité
les fortifications pour donner passage aux colonnes d'assaut,
- les "contre-batteries", batteries
à démonter particulières, spécialement
dirigées sur l'artillerie adverse en train de tirer
sur la position, les défenses de la place qui pourraient
gêner le tir des batteries de brèche,
- batteries de bombardement, dont le nom évoque
suffisamment l'effet à produire.
Suivant la situation par rapport aux travaux de l'attaque
dans un siège régulier :
- batteries
de première position, ou de première
période, construites après l'établissement
des lignes d'investissements à 2 000 ou 3 000 mètres
des saillants les plus avancés de la place,
- batteries de deuxième position, de
deuxième période, ou d'approche,
installées dans la première parallèle
ou dans son voisinage,
- batteries de couronnement, établies
dans le couronnement du chemin couvert
Suivant le temps nécessaire à leur construction
:
- Batteries
rapides, organisées dans le temps le plus
court possible,
- Batteries de 24 heures, batteries
de 12 heures, expressions servant à désigner
des types de batteries dont l'achèvement exige deux
nuits ou une seule nuit de travail.
Si une
batterie fixe, définie comme ci-avant, peut présenter
des dispositions de détail assez variées,
elle oblige toutefois à trois parties essentielles
:
- le
terre-plein, emplacement occupé par les pièces
et le personnel destiné à les servir, il peut-être
au-dessous du sol naturel, les batteries
sont dites enfoncées sur le sol, permettant
ainsi de pouvoir retirer rapidement les pièces de
derrière l'épaulement elles sont dites batteries
sur le sol - enfin au-dessus du sol dans les batteries
de place ou l'on cherche à dominer autant que possible
le terrain en avant, les batteries de ce genre portent alors
le nom de batteries surélevées.
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Batterie
de 155 Long. La pièce du milieu va faire feu
;
le chef de pièce abaisse le bras pour donner
le signal de la mise à feu.
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Si la
longueur du terre-plein varie habituellement de 10 à
12 gabions - de 5,60 à 6,72 mètres
- sa longueur, dictée par le recul des affûts
impose un minimum de 6,00 mètres pour les pièces
de campagne et autres mortiers lisses, et de 7 à
8 mètres pour les canons de siège, de place,
et les mortiers rayés.
Son
niveau, c'est à dire sa hauteur au dessus de la crête
de la masse couvrante est tel que le personnel circulant
sur ce terre-plein reçoive de l'épaulement
une protection efficace. On lui donne en conséquence
une hauteur de 2,30 m. à 2,40 m. depuis le pieds
du talus. Celle de 2,15 m. des épaulements
du fort Saint Eynard permet ainsi le "tir négatif"
qu'exige la fortification d'altitude.
- la
masse couvrante, placée en avant du
terre-plein, destinée à protéger les
pièces et le personnel contre les coups de l'artillerie
ennemie est ordinairement constituée par une masse
de terre portant comme nom, épaulement.
- les
dépôts de projectiles et les
magasins à poudre. Pour éviter
le va-et-vient, à la fois dangereux et fatiguant,
des pourvoyeurs, on organise de petits dépôts
de projectiles dans des excavations pratiquées dans
le talus intérieur du terre-plein. De même
l'approvisionnement immédiat des batteries fixes
en charges et projectiles est conservé à proximité
des bouches à feu, dans des abris portant
le nom de magasin à poudre.
Ainsi
les batteries du fort Saint Eynard sont-elles
organisées comme batteries de place ; de
canons ; à redans ; à ressauts ;
pour le tir direct ; négatif ; et "à
barbette". |
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De l'accès aux "plates-formes surélevées".
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"Armer une batterie est une opération
qui consiste à amener la pièce sur les
plates-formes
en les faisant monter par des rampes d'armement construites
en arrière
de l'emplacement de chaque pièce, ici un 155
long.
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Lors
des premiers projets Séré de Rivières,
lorsque la configuration le permet, il est fait usage d'agencements
devanciers que sont les "rampes 2/3",
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Rampes d'accès ou d'armement aux batteries
surélevées successives du fort de Vinadio.
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Sur cet accès, encore visible de nos jours
au fort de l'Infernet, ouvrage briançonnais
Séré de Rivières d'altitude situé
à 2 337 m., distingue-t-on au centre les escaliers,
puis latéralement et pour pouvoir hisser les
pièces aux emplacements de batterie,
les deux rampes sur lesquelles roulaient les roues
de l'affût ;
enfin, scellé dans le mur, l'un des anneaux
forgés permettant
d'assujettir palans et apparaux de hissage.
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De
l'accès particulier aux "plates-formes"
du Saint Eynard.
Pour
des études d'avant-projet commencées en 1872,
le fort du Saint Eynard et achevé en octobre 1879.
Hors
le canon de place de 155 du colonel Ragon de Bange, quant
à lui adopté en 1877 -pendant la période
d'adaptation du système Séré de Rivières
au système de Bange - possède alors
une longueur de recul non compatible avec les plates-formes
projetées ou réalisées, c'est pourquoi,
pour en allonger la longueur se doit-on de supprimer
les pentes 2/3 et de les remplacer par des murs que
seuls des escaliers gravissent ; désagrément
de cette disposition, l'obligation désormais faite
d'utiliser les "chèvres de place"
pour y hisser les pièces.
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Plan d'époque de la coupe d'un emplacement
de batterie sur le cavalier,
le premier vers le porte d'entrée. L'on distingue
ainsi la "masse couvrante",
l'épaulement de 2,15 m., l'escalier et le mur
permettant l'allongement de la plate-forme.
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Des plates-formes.
Pour
la précision du tir et la facilité du service,
les roues des pièces en batteries doivent être
à la même hauteur et reposer sur un terrain
ferme et uni ; c'est pourquoi on dispose sur les terres-pleins
des espèces de planchers appelés "plates-formes".
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Croquis
d'un 120 long sur sa plate-forme, équipé
de coins de retour en batterie,
de glissière de crosse, d'un frein hydraulique.
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Les
plates-formes de siège et de place
sont globalement identiques.
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Plates-formes de siège, modèles 1840
et 1880, réglementaires pour les canons
de 120, 138, 155, millimètres sur affûts
de siège, et 24 de place sur affût approprié.
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Le canon
et l'affût rigide étant solidaires, le principal
inconvénient est le violent recul au départ
du coup. Il s'ensuit un dépointage qui oblige les
servants à remettre la pièce en position initiale,
puis à la repointer avant de pouvoir tirer
l'obus suivant. Ces opérations expliquent la faible
cadence de tir, au mieux de 1,5 à 2 coups / minute
pour les grosses pièces.
Ainsi initialement, les affûts des canons de 120 et
de 155 qui nous intéressent sont-ils équipés
de sabots et chaînes dits d'enrayage.
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Plan
de l'époque sur lequel l'on distingue nettement
le dispositif d'enrayage.
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Les
"Cingolis".
Ceinture
en italien, son inventeur est le major Bonagente.
Formées de plateaux composites en bois et en fer,
ces ceintures enveloppent les roues qui reposent
alors sur le sol non plus sur de simples cercles,
mais par une surface beaucoup plus grande; elles
absorbent également une partie du recul,
les roues tournant "à frottement"
dans leur ceinture.
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Croquis
d'un plateau et d'un segment. La ceinture
alors constituée par un assemblagede
10 à 12 segments et d'un nombre
égal de plateaux, pèse sensiblement
300 kg.
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Diminuant de ce fait la pression au sol et par
corollaire l'enfoncement de la pièce, elles
permettent la suppression de l'impedimenta
qu'est la plate-forme en position de tir, difficile
à transporter, longue à construire,
facilitent les déplacements en terrain
varié, et autorisent l'utilisation des
pièces ainsi appareillées dans la
guerre de campagne. |
Coins
de retour en batterie et glissière de crosse.
Le retour de la pièce en position, la récupération,
est alors le fait de coins de retour en batterie,
plans inclinés en bois sur lesquels montent
les roues au moment du recul, le retour en batterie
est assuré par gravité. On ajoute généralement
à ce système une glissière de
crosse, qui freinant sur le sol par frottement, ralentit
le recul et amortit le retour en batterie de la pièce.
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Croquis
montrant "Cingolis", glissière
de crosse et coins de retour en batterie.
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Pièce
de 120 L - configuration d'artillerie de campagne,
avec "Cingolis" et coins de retour
en batterie
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Le
lien élastique, la plate-forme à pivot
démontable.
Pour ces mêmes pièces, et modérer
convenablement le recul dans le tir aux fortes charges,
le dispositif d'enrayage à sabots et chaînes
est insuffisant, l'on étudie et l'on adopte
le premier lien élastique, celui
hydraulique - Mle 1883 - qui étudié
et construit par la Compagnie de Saint Chamond,
interposé entre l'affût et un pivot vertical
solidaire de la plate-forme, laisse ainsi la possibilité
de pointer en direction, et le limite à moins
d'un mètre.
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1900
- si l'on excepte la qualité du cliché
- Mont Dauphin, détail du frein hydraulique
de plate-forme.
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Permettant
la mise en oeuvre de ce 'lien élastique",
la plate-forme de siège à pivot
démontable,modèle 1883, et le
frein hydraulique de même millésime.
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Le
lien élastique est avec le chargement par la
culasse, les inventions
majeures qui conduisent directement à l'artillerie
moderne.
|
Des
accessoires.
Pour
les mouvements des diverses parties du matériel,
l'artillerie fait alors usage de machines portant le nom
de chèvres, de crics, de cabestans…,
et de divers autres attirails qui font réglementairement
partie du matériel d'artillerie de place.
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On
équipe la chèvre de haubans pour enlever
le fardeau quand il y a une grande différence
de niveau entre le point ou est déposé
le fardeau et celui ou on veut l'amener.
Deux haubans ou prolonges, maintiennent la chèvre
inclinée du coté du fardeau ; un contre
- hauban l'empêche de se renverser sur les servants
; haubans et le contre - hauban sont amarrés
à des piquets. Douze servants pour le moins
suffisent pour dresser la chèvre ; six la soulèvent
et la dressent, les autres aident à la manœuvre
en agissant aux haubans et au contre - hauban.
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La
chèvre de tranchée.
Spécialement
destinée à l'armement et au désarmement
des batteries de siège, d'une hauteur assez faible
pour que l'épaulement derrière lequel elle
doit être mise en action la dérobe complètement
aux vues de l'ennemi.
La chèvre à déclic, modèle
1840.
D'hanches
en sapin assemblées entre-elles par des épars
et boulons, équipée d'un treuil à chaîne
manœuvré à la main, un cliquet empêche
son retour en sens inverse. Placée ainsi au-dessus
de la pièce à soulever, dans la pratique chaque
brin peut supporter la charge de 1 500 kilogrammes, équipée
à trois brins, elle soulève ainsi une charge
de 4 500 kilogrammes.

La chèvre de place n° 1, modèle
1875.
Composée
comme la précédente d'un pied et de deux
hanches assemblés par quatre épars,
le treuil est remplacé par un appareil indépendant
de cette charpente appelé "Monte-charge
à barbotin".
La chèvre
peut être équipée à deux, trois
ou quatre brins de chaîne. Dans la pratique, chaque
brin ne doit pas supporter plus de 2 500 kilogrammes, ainsi
équipée à quatre brins soulève-t-elle
exceptionnellement un poids de 10 000 kilogrammes.
La chèvre de place n° 2, modèle
1875.
Etablie
dans les mêmes principes que la précédente,
équipée à deux, trois ou quatre brins
de chaîne, dans la pratique, chaque brin ne doit pas
supporter plus de 4 000 kilogrammes, ainsi équipée
à quatre brins soulève-t-elle exceptionnellement
un poids de 16 000 kilogrammes.
La chèvre de place n° 3, modèle
1875.
Pour
l'élévation de plus lourds fardeaux - canons
de 27 et de 32 - l'on emploie alors une chèvre encore
plus puissante, dite "chèvre n° 3",
qui équipée à six brins peut alors
soulever jusqu'à 30 tonnes. Deux hommes suffisent
avec cet engin pour lever une pièce de 270 modèle
1870, qui pèse 23 tonnes.
La
chèvre en tôle d'acier.
Par
la suite, principalement dans le service des cotes, l'on
emploie une chèvre en tôle d'acier, empruntée
au matériel de l'artillerie de marine, qui construite
alors par l'industrie privée, est analogue aux chèvres
du modèle 1840, et organisée de manière
à soulever de très lourds fardeaux.
Cabestan de carrier.
Pour
mouvoir horizontalement, ou sur des plans inclinés,
les lourds fardeaux dont les chèvres ci-avant permettent
les mouvements verticaux, on adopte un nouvel engin, depuis
longtemps en service dans la marine, portant le nom de cabestan
de carrier. Utilisant les mêmes agrès
que la chèvre de place n° 1, il permet de mouvoir
des fardeaux de 14 000 kilogrammes, lorsqu'il est équipé
à quatre brins.
Attirails
divers.
Complétant
cette longue énumération, il convient de citer,
les brouettes, dont on se sert pour les mouvements
intérieurs dans les places ; les civières,
employées pour le transport à de petites distances
des projectiles qui demandent à être maniées
avec précautions ; les chevrettes,
sorte de petites chèvres de tranchée, qui
servent à soulever les essieux et graisser les roues
; les diables à deux roues de chèvre
de place ; les diables à roulettes, pour canons-revolvers
: les palans et les vindas,
qui font plus spécialement partie du matériel
des pontonniers.
Les
appareils de pointage.
De 1886
à 1892, les perfectionnements des systèmes
de pointage permettent des avancées significatives
dans la précision des pièces. C'est ainsi
qu'apparaissent pour le pointage en hauteur des appareils
de hausse plus perfectionnés et plus précis.
En 1888 le niveau à bulle Danion, du nom de
son inventeur, remplace le niveau de Bange et le goniomètre
à tour complet d'horizon et son collimateur offrent
aux artilleurs la possibilité de tirer sur des objectifs
non visibles.
Corollairement
de nouveaux procédés de tir et de pointage
voient le jour avec l'adoption de planchettes de tir, de
réglettes et d'abaques, d'instruments d'observation,
de triangle de visée, de lunettes stéréoscopiques,
de télémètres…
celui composé d'une lunette et d'une boussole de
batterie réunis entre-elles, nommé du nom
de son inventeur, colonel du génie, le télémètre
Goulier,
celui éponyme, inventé par un chef d'escadron
d'artillerie, le télémètre Gaulier,
et enfin, celui d'une grande simplicité, inventé
par un major de l'artillerie belge, le télémètre
"Le Boulangé",
Le téléphone vient également renforcer
cet arsenal technologique en permettant de dissocier les
observateurs des pièces et ce faisant de fournir
plus rapidement des feux plus efficaces aux troupes menant
l'assaut.
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Incontestablement
l'artillerie française doit beaucoup à ces
intelligences brillantes et ces techniciens géniaux
de la période de reconstruction de l'armée
française après la cruelle défaite
de 1870. Toute la conception de l'artillerie moderne est
à mettre au crédit de ces officiers d'artillerie
qui sont à l'origine des principales révolutions
du matériel :
Le tube en acier, trempé et recuit, pour la résistance,
Les rayures de l'âme pour la précision,
le chargement par la culasse et le lien élastique
pour la précision, et la cadence de tir.
Le
matériel d'artillerie d'aujourd'hui n'a connu que
des améliorations technologiques , le colonel d'artillerie
Ragon de Bange est vraiment une des grandes figures
de son Arme.
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